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Comment gérer un crash médiatique? par Alexandre Woog, The Apprentice

14 octobre 2015

« The Apprentice » version française vient de se terminer. Ce programme américain connaît un franc succès depuis son lancement sur NBC par Donald Trump, co-producteur, en Janvier 2004. On ne pourra pas en dire autant de la version française qui s’est faite lapider par la presse dés sa première semaine de diffusion et, faute d’audience, a été retirée de l’antenne après 2 semaines de diffusion, pour basculer sur M6 Play. Je me suis intéressée au « requin » du programme, Alexandre Woog, personnage le plus vivement critiqué pour son impertinence, son ambition affichée et son côté provoc. Comment a t-il géré ce type d’exposition ? Comment a t-il vécu ce crash médiatique ? Quels conseils peut- il donner sur la gestion d’image et de la pression des médias ?

Pour ceux qui ne connaissent pas Alexandre Woog ou ne le voient qu’à travers la loupe « bienfaisante » des médias, laissez moi vous éclairer.

Alexandre, formé à la finance à HEC, est un jeune loup de 31 ans qui vous percute au premier contact par son énergie positive, les canines acérées de son sourire éclatant (mais pour un loup ou un requin, mieux vaut les avoir affutées, non ?!) et son agilité. Fondateur de e-loue, marketplace de location entre particuliers qui a levé 2 Millions en 2014 (et ne compte pas s’arrêter là), Alexandre monte au front l’épée au poing. En effet, cet hyper actif est également champion d’escrime et prépare les JO 2016. On comprend mieux sa capacité à anticiper, son dynamisme, son goût pour la tactique et ses reflexes pour atteindre sa cible. Ce compétiteur né séduit par son assurance et son envie. Il se connaît, sait s’entourer de professionnels de la communication et surtout, comme tout sportif de haut niveau, se préparer.

A propos de The Apprentice, comment la prod vous a t-elle identifié et contacté ? Et pourquoi avez vous accepté ?

J’ai été contacté début 2015 par Endémol qui préparait l’adaptation française. Je ne sais pas comment ils m’ont détecté sinon que je suis déjà assez visible dans la presse par rapport à e-loue ou mon activité sportive. Mon profil les a séduit et cela c’est fait assez naturellement. En tant que fan de l’émission américaine et de son orientation business, je n’ai pas hésité une seconde pour la faire. Et puis je suis un compétiteur, je refuse rarement un challenge. Et enfin je ne perds par de vue que c’est aussi une façon de développer mon réseau et ma visibilité.

Je trouve assez dommage que vous n’ayez pas mentionné votre palmarès sportif en tant qu’escrimeur de niveau olympique, cela aurait donné une autre dimension à votre profil et aurait également justifié votre goût poussé pour la compétition qui a été beaucoup critiqué. Pourquoi ne pas l’avoir mentionné est ce un choix voulu ou imposé par la prod ou un refus de vos sponsors?

Dans ma présentation sur le site, on précise sportif de haut niveau et entrepreneur. Cela n’apparaît pas dans la présentation de mon profil en télé peut être par ce que j’avais déjà l’étiquette de sur diplômé, sortant d’HEC, donc cela faisait certainement un peu trop. Ce n’était pas caché car j’en parle durant l’émission mais c’est vrai que cela n’a pas était mis plus que cela en avant.

Comment décririez vous cet esprit de compétition développé dans le cadre du sport de très haut niveau ? Est ce que d’après vous on naît avec certaines prédispositions ou est ce que l’on peut complètement le développer?

On est dans un système où on nous impose depuis l’enfance cet esprit de compétition, notamment dans notre système éducatif. Après on se construit par rapport à ses envies, à l’objectif que l’on s’est fixé et pour atteindre cet objectif, je pense que forcément il faut un esprit de compétition et plus on monte et plus cet esprit se renforce. On le développe mais c’est aussi lié à son ambition de base, à qui l’on est. C’est sûr qu’on doit particulièrement le développer dans le sport mais la compétition aujourd’hui est partout.

Je reviens à The Apprentice et à votre image. Je connais bien les productions de télé réalité et on sait qu’ils font un casting en fonction de profils type recherchés pour chaque programme. Qui a décidé de votre positionnement de « requin » ?

Ce positionnement correspondait au type caricatural que les gens peuvent avoir du chef d’entreprise, diplômé d’une grande école, qui a un background dans la finance. D’un autre côté, je considère le monde des affaires comme un univers où il est difficile de se faire une place, il faut se battre, on ne fait pas dans la tendresse, et donc on peut développer un esprit de requin. Pour moi, être un requin n’est pas péjoratif, ce n’est pas avoir un mauvais état d’esprit, faire des sales coups, non c’est plutôt dans le sens : être bagarreur, y aller, savoir s’engager, se battre et se relever. Le choix du mot « requin » s’est fait en conscience car je sais aussi comment marche l’exposition médiatique et c’était un choix stratégique de positionnement. Je l’assume complètement, c’est fidèle à ma personnalité. Je n’ai aucun soucis avec cette image car ce qui m’intéressait en faisant cette émission ce n’était pas le grand public mais le monde des affaires. Et ce milieu là sait exactement de quoi je veux parler. Après j’ai fait cette émission avant tout pour m’amuser, et mon côté provoc a fait le reste ! Il y a beaucoup de second degré de mon côté. Sous la loupe de la télé, tout est grossi et pris au premier degré. Je pense que les gens intelligents savent faire la part des choses. Et les gens qui me connaissent ont compris ma démarche et savent que je ne suis pas limité à cette seule facette de ma personnalité.

Etiez vous conscient du risque de stigmatisation autour de ce type de profil, comme cela a d’ailleurs eu lieu suite à la diffusion du premier épisode ?

J’ai été mis en avant dés le premier épisode avec un focus sur des phrases chocs. Tous les journaux de gauche déjà nous ont allumé mais en même temps le concept ne pouvait pas leur plaire à la base. Le côté caricatural des profils était parfait pour taper dessus, mais c’est le jeu télévisuel. Comme vous l’avez dit, ils établissent un casting pour présenter des profils types. Moi, cela m’a plutôt distrait de lire ces papiers dans cette presse, parce qu’ils n’ont pas cherché très loin et ce sont eux mêmes caricaturés. Après ils ont perdu l’objectif de l’émission qui était de montrer que même sans diplôme, si on a l’envie on peut y arriver. Et c’était intéressant de montrer cela particulièrement dans un pays comme la France qui a du mal à valoriser la réussite et focus excessivement sur les diplômes. Mon profil a suscité 2 types de réaction : les fans de mon ambition et du plaisir que je prenais dans les épreuves et d’autres que j’ai choqué par trop d’assurance et le goût de la réussite. L’ennui c’est qu’en France, avoir de l’ambition, vouloir gagner de l’argent, ça ne plaît pas. Donc je m’attendais à susciter certaines réactions. Je les accepte mais cela n’altère pas mes convictions. Cela a plus touché mes proches qui eux n’étaient pas préparés à ça, à cette violence gratuite, parce qu’il y a quand même des choses extrêmement violentes qui ont été dites. Moi plus c’est violent plus je sens la jalousie, plus ça me fait rire et moins ça me touche. Mais j’étais bien préparé à ça, donc cela ne m’a posé aucun problème. Mon seul regret c’est que d’être passé sur M6 play, les gens n’auront pas le temps de découvrir complètement mes compétences et mon évolution à travers le programme.

Quel est l’impact de cette émission sur votre image et votre relation aux autres ? Y a t-il eu un avant et après The Apprentice ?

Forcément, cette surexposition créait un certaine notoriété donc on me reconnait dans la rue par exemple. Mais le plus drôle ce sont les anciens « amis » qui se rappellent à votre bon souvenir comme par magie. Sinon cela a eu un impact très positif sur la population que je visais. Je pense qu’il faut du courage pour le chef d’entreprise que je suis de s’exposer dans ce genre d’émission, il y a beaucoup plus à perdre qu’à gagner. Moi j’ai pris le risque et j’en suis fier. Et les retours des personnes qui comptent sont tous positifs, donc rien que pour ça, je me dis que j’ai bien fait.

Ils vous ont vendu l’émission comme une copie fidèle de celle produite aux Etats Unis, ils en ont même gardé le nom original « The Apprentice ». J’ai fait partie de ceux qui attendaient ce programme car j’appréciais la version américaine. A la première bande annonce j’ai été surprise, pour ne pas dire déçue. Le rendu n’est pas à la hauteur de l’ambition de l’émission et la faiblesse du casting est évidente. Je n’ai pas cru une seconde à la compétence des participants à incarner l’envergure du poste proposé. Aucun n’avait l’expérience et les compétences pour décrocher ce job, donc on y croit pas, dés le départ. Etes vous satisfait du rendu de l’émission française?

C’est vrai que le casting est par exemple plus jeune que celui de la version originale américaine. Après pour le reste, je pourrai émettre certaines critiques et j’ai conscience des améliorations à apporter à un tel programme mais je ne suis pas en mesure de les exposer ici.

Quelles sont les leçons que vous tirez de cette expérience ?

Je n’ai pas vraiment appris de choses nouvelles par rapport au milieu audiovisuel car j’ai déjà beaucoup d’expérience en terme de couverture presse. Je connais davantage maintenant les arcanes d’un tournage. Ça reste une aventure exceptionnelle, si c’était à refaire je signe tout de suite. D’abord au niveau humain, expérimenter cet enfermement c’est unique. Les cas pratiques représentaient de vrais challenges. Et en terme de visibilité, l’exposition télévisée est un levier très puissant, même si on aurait aimé un plus grand succès, rien qu’en 2 semaines de Prime, les répercussions sont très importantes pour moi. Le bilan est ultra positif, d’autant plus que j’avais le recul suffisant grâce à une préparation avant, pendant et après l’émission.

Si vous deviez le refaire, comment vous y prendriez vous ?

Par rapport à mon personnage, je n’ai aucun regret, je referai exactement la même chose, même si c’est assez provocateur. J’ai toujours eu cette orientation « out of the box ». En 2011, j’avais 24 ans, j’ai décidé de faire une opération de buzz marketing autour de ma société e-loue. J’ai créé un mini site événementiel pour louer sa petite amie. Cela a effectivement créé un buzz phénoménal et une très forte visibilité mais j’ai aussi des gens qui ont été choqués et certaines portes ce sont fermées. A la fin de l’opération, on révélait que oui grâce à e-loue tout se loue, sauf sa petite amie. J’ai décroché des tas de prix en presse, marketing et autre et cela m’a aussi permis de faire le tri parmi mes relations. J’apprends tous les jours, je suis parti de rien et je réussi, c’est du concret. Je fais aussi une bonne carrière dans le sport, ça aussi c’est concret. Je n’ai rien à prouver à travers cette émission. Je suis en phase avec ce que je suis. Je ne fais pas dans la platitude et c’est pour cela que l’on me remarque, et ça me va. Je pense que l’émission aurait peut être mieux marché s’il y avait eu plus de fortes personnalités pour « faire le show ».

Si vous aviez un conseil à communiquer à propos de ce type d’exposition médiatique et de sa gestion, ce serait lequel ?

Le seul conseil que je pourrai donner c’est d’être accompagné et de le faire de manière professionnelle. J’avais déjà une grande expérience en terme de gestion des médias mais malgré tout cela n’est pas évident de gérer une telle exposition. Moi, je considère l’avoir bien géré. Maintenant, je vois tous les autres candidats, je pense qu’aucun d’eux n’étaient préparés et accompagnés, et ils auraient pu bien mieux réussir avant, pendant et après si ils avaient pu avoir un recul suffisant. Quand on est pas capable soi même d’avoir ce recul nécessaire pour ne pas se faire impacter par ce type d’exposition, on prend de gros risques. c’est primordial de faire appel à un professionnel. On le sait tous, à n’importe quel niveau, la clé est dans la maîtrise de son image et la gestion de sa communication. Cela ne s’improvise pas, donc c’est primordial de faire appel à un spécialiste.

 

Crédit photo : Pierre Olivier

 

 

 

 

 

 

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